samedi 7 février 2026

 Nous publions ci-dessous  un article d'un dirigeant du service public ayant travaillé le sujet du bois énergie car il l'explique mieux que nous ne l'aurions fait.
Puis à vous d'orienter vos décideurs dans le sens que vous souhaitez!

 Sous-bois sombres à l’orée de la forêt avec un rétro-éclairage ensoleillée lumineux mettant en valeur le majestueux tronc d’un chêne

https://tnova.fr/ecologie/biodiversite/pour-un-nouveau-paradigme-forestier/

Terra nova : le think tank progressiste
Pour un nouveau paradigme forestier

La forêt s’étend en France depuis plus d’un siècle. Pour autant, les inquiétudes sur son avenir sont nombreuses. Les écosystèmes forestiers sont fragilisés par  le réchauffement climatique, les sécheresses, de nouveaux parasites. Des conflits d’usage apparaissent également et, pour ne rien arranger, les parties prenantes entretiennent des visions divergentes des priorités de la sylviculture et de la filière forêt-bois.

Par

Publié le 2 avril 2025

Un développement raisonné du bois énergie

On l’a vu, le bois énergie, comme toutes les bioénergies, doit jouer un rôle essentiel dans notre transition énergétique. A condition qu’il reste dans les limites de ce que la forêt et notre industrie du bois sont capables de fournir en bois bruts (plaquettes issues de coupes d’éclaircies par exemple) et coproduits de première (production de sciage, trituration) et deuxième transformation (productions d’objets finis ou quasi finis).

Cette limite physique impose de prioriser les usages, de limiter l’usage du bois-énergie à des besoins prioritaires. Par exemple quand il est utilisé sur place, directement dans les usines de transformation – c’est un des messages de l’étude de Carbone 4 pour France Bois Forêt[16], justement basée sur une modélisation des flux physiques de matière, des forêts aux usages finaux. Par exemple encore quand il permet de remplacer du fioul ou du gaz naturel par des chaudières et chaufferies biomasse là où il n’existe pas d’alternative. Par exemple enfin dans certaines régions où la combinaison de l’isolement, d’un climat hivernal encore rude et de l’abondance de la ressource rend l’usage du bois-énergie particulièrement pertinent. Lorsqu’une alternative existe (électricité, géothermie, solaire thermique, nucléaire), celle-ci devrait toujours être privilégiée cependant, car si ces alternatives ont moins de conflit d’usage (que faire de la chaleur géothermale si ce n’est de la chaleur ?), le bois-énergie lui, est toujours une ressource multifonctionnelle (puits de carbone en forêt, panneaux, Bois Raméal Fragmenté (BRF) et amendement des sols). C’est bien là toute la noblesse de cette matière vivante, et son avantage sur ses concurrentes.

Reste à décider des politiques publiques permettant de mettre réellement en œuvre cet ordre des priorités. Or, il n’existe pas, comme pour l’électricité, un centre d’optimisation amont-aval permettant de prioriser les outils de production en fonction de leur ordre de mérite, et de leur contribution à l’intérêt général. D’ailleurs, les flux de bois sont largement informels, même si la part de l’autoconsommation a tendance à diminuer. En revanche, la puissance publique subventionne le bois énergie, d’abord par des aides à l’investissement dans des nouveaux équipements (poêle performant, chaudière, chaufferies) et par une TVA réduite au combustible. Le cahier des charges de ces aides peut être revu pour favoriser les alternatives quand elles existent, quand bien même elles seraient légèrement plus chères voire, pour respecter un budget, correspondant à la capacité d’un territoire à alimenter l’ensemble de ses chaudières actuelles et prévisionnelles.

Deux exemples particuliers méritent d’être soulignés. Le premier consiste à brûler du bois pour produire de l’électricité. Eventuellement compréhensible dans les DOM-TOM (encore qu’il ne doit pas excuser le retard dans les autres alternatives disponibles vu les conséquences de l’import de biomasse sur de longues distances et le faible rendement énergétique global), il ne l’est pas en métropole qui dispose de nombreuses alternatives pour produire de l’électricité réellement décarbonée. Subventionner à prix d’or la conversion de centrale charbon vers le bois (comme la centrale de Gardanne) pour produire de l’électricité dont on dispose déjà n’a aucun intérêt ni économique ni écologique. De même, pourquoi faudrait-il utiliser l’argent public pour créer sur notre territoire une filière de production de carburant d’aviation à base de bois alors qu’il est admis qu’on ne dispose pas des ressources sur notre territoire permettant de la mettre à l’échelle[17] ?

[17] https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/12/eb3d87e04b96b5dc62fad4a484fb4112d9735db1.pdf